La transition douce d’Alexandre Leroux

Rencontre à distance (contexte oblige) d’Alexandre Leroux, Youtubeur influenceur suivi par plus de 21k abonnés.

Lors de mes recherches sur les Tiny houses, j’ai découvert son habitat, des astuces écolo et des messages engagés à travers ses vidéos.

Après une description originale, il se prête au jeu des questions – réponses en toute simplicité sur son mode de vie.

Je suis Alexandre, être humain résident de la Terre, amoureux des petits bonheurs de la vie et artiste dans l’âme, rêveur et créatif.

Vivre en Tiny House


Le Journal De
Yog : Pour quelles raisons as-tu choisi de vivre en Tiny House ?
Alexandre Leroux : Juste avant de décider de m’acheter une tiny house, j’étais en pleines démarches pour devenir propriétaire d’un appartement. Mais je me suis rendu compte que ce choix allait m’enfermer pour plusieurs années en ville alors que je voulais la quitter pour vivre au plus proche de la nature. Je n’avais que 25 ans et j’étais célibataire : je ne voulais pas non plus acheter tout seul un terrain en campagne, n’ayant pas de projet précis. La tiny house était le type d’habitat qui me permettait d’accéder rapidement au mode de vie auquel j’aspirais tout en conserver la liberté de pouvoir changer facilement d’endroit selon mes éventuels changements de projets.


LJDY : Cet habitat alternatif a-t-il changé ton mode de vie ? Si oui, dans quelles proportions ?
AL : Totalement. Déjà, j’achète beaucoup moins de choses superflues car je n’aurais pas la place de les mettre en valeur dans ma petite maison de 18 m², cela m’encombrerait. À vrai dire, j’ai tout ce qu’il me faut comme équipements et accessoires (cuisine, ustensiles, vaisselle, salle de bains, vêtements). Ensuite, j’ai découvert énormément de choses sur la nature et mon rapport au dehors a complètement changé : je ne perçois plus une frontière aussi nette entre « l’intérieur et l’extérieur ». Quand on vit dans une maison si petite au milieu de plusieurs hectares de champs, l’extérieur devient véritablement une pièce à vivre.


LJDY: Après avoir vécu plusieurs mois en Tiny, quels sont ses points négatifs et ses points positifs ? Ses limites ? (Peut-on avoir les mêmes espaces qu’en maison ou en appartement ? Salon, canapé, table à manger…?)
AL : Voici une liste des avantages et des inconvénients.

Les principaux avantages :
  • la maison se chauffe très vite puisque le volume est petit : la chaleur du poêle est intense et profonde.
  • une tiny house peut être construite sur-mesure, ce qui la fait correspondre au mieux aux besoins de son/ses propriétaire/s. Par exemple, je n’ai pas de coin salon puisque je n’utilise pas de canapé et que je n’ai pas de TV. J’ai préféré garder de l’espace pour pratiquer le yoga confortablement.
  • la luminosité : puisque dans une tiny nous sommes toujours proches d’une fenêtre, l’intérieur y est très lumineux, ce qui donne la sensation d’un espace plus grand.
  • s’installer sur un terrain en pleine nature : j’ai découvert le luxe de voir les végétaux évoluer au cours des saisons, entendre le chant des oiseaux tous les matins au réveil et pouvoir contempler les levers et couchers de soleil si différents selon les moments de l’année.
Les principaux inconvénients :
  • la gestion de la condensation et de l’humidité en hiver. Dès que nous sommes deux dans la tiny et que nous utilisons la gazinière, l’humidité augmente et de la condensation apparaît sur les fenêtres.
  • l’inertie de chaleur n’est pas aussi bonne que dans une maison classique pour 2 raisons, d’abord parce que les murs sont plus fins (17 cm d’épaisseur), ensuite parce que la maison est sur une remorque : le parquet ne touche donc pas la terre et l’air froid qui circule sous la tiny refroidit la maison par le sol. Je me chauffe uniquement au poêle à bois, donc lorsque je suis absent 1 jour par exemple, la température intérieure peut être à moins de 10°C !

Adopter un mode de vie minimaliste et écolo


LJDY : Pour vivre en Tiny est-on obligé de devenir minimaliste ?
AL : Il ne faut pas forcément devenir un minimaliste radical : si l’on aime vivre dans un amas de choses, c’est possible de le faire dans une tiny ! Le risque est de rendre l’utilisation des espaces beaucoup moins pratique. Toutefois, si comme moi vous aimez vivre dans une maison fonctionnelle qui respire, je conseille fortement de commencer à faire un tri assez drastique dans vos affaires avant d’emménager dans votre tiny. Je me suis séparé de tous mes DVD, CD, d’énormément de livres, de beaucoup de vêtements, de vaisselle et de babioles. Concernant les loisirs et occupations, il faut aussi voir ses priorités et peut-être faire des choix selon l’encombrement qu’ils nécessitent.


LJDY : Peux-tu dire que ton mode d’habitation est propice à devenir écolo ?
AL : Certaines tiny houses (notamment aux États-Unis) sont équipées de frigo immenses, de micro-ondes, de TV et console de jeux, de climatisation et de toilettes chimiques, prouvant que l’on peut choisir ce mode d’habitat sans être dans une véritable démarche de décroissance. La tiny elle-même peut être conçue en bois agglomérés (remplis de colles et autres produits chimiques) ou en polymères, ne la rendant pas du tout écologique. Je pense que ce n’est pas le mode d’habitat qui induit notre mode de vie, mais l’inverse : j’étais écolo avant d’acheter une tiny, et ce sont mes aspirations qui m’ont fait choisir des options durables comme le chauffage au poêle à bois, les toilettes sèches et une maison conçue à presque 100 % de matériaux recyclables. Souvenons-nous qu’en dehors de la remorque, une tiny house est construite avec les mêmes techniques de charpenterie et de menuiserie qu’une maison à ossature bois classique : j’aurais ainsi pu faire construire sur un terrain une maison de 100 m² tout aussi écologique que ma tiny.

Un besoin de sédentarité


LJDY : La Tiny House  a vocation d’être utilisée en habitat nomade. Pourquoi rester sédentaire ?
AL : Je n’ai jamais eu dans l’idée d’avoir un mode de vie nomade ni même de voyager avec ma tiny house. Grâce à sa remorque, la tiny house présente d’autres avantages que le déplacement : dans la loi, elle est considérée comme un habitat mobile terrestre au même titre qu’une caravane. Ainsi, aucun permis de construire n’est requis, ce qui peut donner accès à des terrains facilement, parfois même non constructibles. De plus, déplacer une tiny house présente plusieurs contraintes : en plus de l’assurance remorque et habitation, il est conseillé, pour un déplacement, de souscrire à une assurance de transport de marchandise (la tiny house étant considérée comme la marchandise sur la remorque). Il faut aussi veiller à ce que le poids total de la tiny house chargée (avec toutes ses affaires personnelles dedans) ne pèse pas plus de 3,5 tonnes. Ma tiny pesant déjà presque ce poids sans mes affaires personnelles, je devrais presque la vider en cas de déplacement pour tout mettre dans le véhicule tracteur. D’ailleurs, dans la mesure où j’ai choisi de me déplacer uniquement à vélo et en train pour limiter mes émissions de CO², je n’ai pas de véhicule pour déplacer ma tiny : je devrai en louer un le jour où j’en aurai besoin.


LJDY : Quels conseils donnerais-tu à ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure Tiny ?
AL : Avant de vous décider, essayez de visiter des tiny en vrai ! C’est idéal pour se rendre compte de la luminosité et des volumes, même si l’aménagement pourra être totalement différent dans la vôtre.
Ensuite, réfléchissez beaucoup à vos besoins, à ce que vous voudrez y faire dedans, à ce qui compte le plus pour vous. Préparez-vous à faire des concessions.
Gardez une attitude positive partout où vous parlerez de votre projet, surtout aux mairies et voisins où vous vous installerez pour augmenter vos chances de trouver un terrain et d’être en bons termes avec votre voisinage : positionnez-vous dans une dynamique de partage pour ne pas être perçu comme un squatter (dans les petits villages, les ragots circulent vite).

En transition douce vers la décroissance


LJDY : Le terme “décroissance” est présent dans le générique de tes vidéos. Peux-tu expliquer ce mot et la démarche de transition que tu as entreprise.
AL : La décroissance, telle que je l’applique dans mon quotidien, est un art de vivre qui consiste à réduire ma consommation aux choses essentielles. C’est d’être conscient qu’en tant qu’être vivant, je suis lié à l’écosystème planétaire et qu’en tant que consommateur, mes choix consuméristes ont un impact sur cet écosystème. Notre modèle actuel de croissance économique a besoin du sur-consumérisme pour perdurer, au détriment de l’écosystème Terre (ce qui, en soi, prouve le non-sens de la croissance). La décroissance se propose comme un mode de vie alternatif à ce système, où l’être humain retrouve sa juste place d’être vivant, proposant le développement de sa sagesse plutôt que de son égo (pouvoir, richesse matérielle, gloire).

“… je suis convaincu que la transition vers ce mode de vie alternatif doit être douce.”

Dans ma démarche, je parle de « transition douce vers la décroissance » car, pour être heureuse, je suis convaincu que la transition vers ce mode de vie alternatif doit être douce. Cette transition nous demande de nous confronter à tout un tas de difficultés, entre notre propre conditionnement culturel et social, et celui des autres au travers de leurs jugements ou leurs incompréhensions. La douceur de la transition permet à la fois de nous faire avancer pas à pas vers notre idéal et de montrer à notre entourage, étape par étape, que ce mode de vie est possible.


LJDY : Quelles actions as-tu engagées afin de réduire ton impact sur l’environnement ?
AL : J’ai agis sur presque tous les domaines de ma vie, mais je ne parlerai ici que des deux actions les plus efficaces : mon régime végétarien et la vente de ma voiture. Une alimentation aussi carnée que celle proposée par notre culture culinaire française est excessive, aussi bien d’un point de vue nutritif qu’écologique. Le premier secteur d’activité générateur de pollution en tous genres est l’élevage intensif. Or, pour subvenir à la demande actuelle de viande, ce mode de production est indispensable. Mais nous n’avons pas besoin de tant de protéines animales pour avoir un apport nutritif complet : les protéines végétales (comme les lentilles, les haricots et les pois chiches) permettent d’adopter une consommation plus régulée et engagée.

Un témoignage par vidéos


LJDY : Pourquoi avoir décidé de communiquer par vidéo ? Quelles motivations ? Sur quels aspects ?
AL : Je suis moi-même un spectateur de vidéos pour m’inspirer, découvrir, m’informer. J’ai eu envie de communiquer par ce média pour les mêmes raisons qui me font l’apprécier en tant que spectateur : le côté direct de l’oral, la proximité du « face caméra » et la possibilité d’allier sons, textes et images qui ouvre à un contenu à la fois concret et émotionnel.


LDJY : Tes vidéos sont très regardées, tu as beaucoup d’abonnés et de nombreux tipeurs.
Te définirais-tu comme un influenceur écolo ?
AL : Je ne me définirais pas comme un influenceur car mon intention n’est d’influencer personne. Par mes vidéos, je souhaite faire témoignage de mes choix de vie en cohérence avec mes valeurs et des réflexions qui m’y ont menées dans l’espoir que cela puisse en inspirer certain.es et donner la motivation de passer à l’action. En somme, montrer qu’un mode de vie alternatif est plus accessible qu’il n’y parait, sans être radical ni coupé du monde.


LJDY : Les vidéos te prennent beaucoup de temps. J’ai pu voir que tu as changé ton organisation de vie professionnelle afin de profiter de ton temps différemment. As-tu d’autres projets ?
AL : Je suis en train de terminer l’écriture de mon livre « En Transition Douce Vers La Décroissance » qui sortira en septembre 2021, édité par la maison Ulmer. Dans ce livre, je retrace le cheminement progressif, sur 6 ans, qui m’a conduit à harmoniser tous les aspects de ma vie (habitat, travail, alimentation, déplacements, argent, consommation, loisirs, relations sociales…).
Je souhaite aussi me former aux massages ayurvédiques, originaires d’Inde.
Et à plus long terme, fonder ou rejoindre un écolieu où nous tendrions vers l’autonomie alimentaire et énergétique, mais surtout, où nous nous amuserions à vivre.

Un message personnel


LJDY : Pour conclure, quel message aimerais-tu adresser au lecteur de cet article ?
AL : Remettez toujours en question vos habitudes en vous posant la question : « Qu’est-ce qui est important pour moi ? » Autorisez-vous à faire des choix qui vous correspondent : votre vie n’appartient qu’à vous et je vous souhaite de cultiver votre épanouissement.

Merci Alexandre pour ta gentillesse et ta disponibilité.

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Emmanuel pour LJDY

Une réflexion sur « La transition douce d’Alexandre Leroux »

  1. Super cette interview ! Je suis Alexandre depuis quelques temps sur YouTube, et je le découvre ici dans une interview plus intimiste c’est top ! J’y pense de plus en plus de “changer” de vie et passer en Tiny, mais le saut est encore difficile pour moi.

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